Le Mas de Rimbeau à Pradons
lundi 17 mai 2010 par Bakir
Rimbeau, ou Rimbaud, est un nom d’origine germanique, donc datant du Haut Moyen Âge : Ragin-bald, ce qui signifie quelque chose comme « conseil audacieux ». Ce nom de personne a été transféré au nom du lieu par la suite. Cette importante propriété, à l’allure de maison forte, est située sur la colline, dite “les Côtes”, près du ruisseau de Rimbeau qui constitue la limite avec la commune de Balazuc et qui se jette dans l’Ardèche quelques centaines de mètres en contrebas. La voie ferrée d’Alès à Vogüé, totalement désaffectée depuis 1986, la traversait. La présence de la famille Rieu, qui y réside toujours, est attestée depuis 1720. On ne sait rien des propriétaires précédents et en l’absence d’archives sur la propriété, on ne peut en reconstituer l’histoire que par bribes. Cinq dates 1720,1773, 1774, 1820, 1834 gravées sur la pierre sont les seuls indices sûrs. Cette propriété existait probablement avant 1720, étant donné sa situation privilégiée, proche des bonnes terres alluviales du lit de l’Ardèche, très large à ce niveau, et de la voie romaine d’Antonin le Pieux construite au IIe siècle qui passait au niveau de la route D 579. On a la trace de cette voie romaine à Pradons où se dresse une borne milliaire demeurée en place, dite la Croix du Peyrou. Rimbeau faisait probablement partie de la seigneurie de Balazuc comme l’était le château de la Borie, situé à moins d’un kilomètre, qui fut un bastion de la résistance catholique durant les guerres de religion (1570-1629). La tour massive à droite du portail et les épais murs extérieurs font penser à une maison forte. Cette tour, que l’on voit sur la photo, aurait été transformée en pigeonnier par la suite. À quelle date ? la possession d’un pigeonnier était sous l’Ancien régime un privilège nobiliaire.

La pierre datée de 1720 se situe au rez-de-chaussée qui a la particularité d’être en sous-sol sur sa face extérieure. On y voit des cheminées et des niches creusées dans la paroi. Aux XVIIe et XVIIIe siècle, la propriété a dû se développer grâce à la culture de la vigne sur les pentes, à celle des oliviers, à la polyculture et à l’élevage qui se pratiquait sur les immenses landes de la colline. Les bâtiments d’habitation et les communs sont construits autour d’une cour qui comprend une citerne. Une pierre gravée de 1773 marquerait l’agrandissement des fenêtres dans les pièces enterrées du rez-de-chaussée. Le four à pain construit également à cette époque ainsi qu’une autre pierre de seuil datée de 1774 à gauche du pigeonnier indiquent des transformations et un enrichissement certain dû à la sériciculture dont le grand essor en Ardèche débute à cette époque. Une magnanerie occupe une superficie importante au premier étage. Une seconde magnanerie d’une superficie de 130m2 était installée au premier étage de la bergerie construite en 1782 à quelques centaines de mètres de la maison. La mention de Guillaume Rieu inscrit comme « laboureur » sur les registres de naissances de la paroisse en 1780, signifie, sous l’Ancien Régime, un statut de propriétaire exploitant aisé. La troisième pierre, gravée sur le portail, date de 1820. Les bâtiments entourant la cour fermée se présentent désormais sous leur aspect actuel. Les années de 1820 à 1850 correspondent à la grande époque du ver à soie qui a enrichi toutes les maisons de la région. En 1835, un linteau et des montants taillés en pierre de Ruoms furent ajoutés pour orner la porte d’entrée des propriétaires qui vivaient à l’étage. Bergers, ouvriers agricoles, lingère, personnel de maison logeaient au rez-de-chaussée. De vastes terres situées dans la plaine fertile sous les Louanes, des propriétés à Ruoms et ailleurs, la grande bergerie où étaient élevés des chèvres et des moutons, deux jardins potagers et un poulailler : cet ensemble confirme qu’il s’agissait d’une exploitation fort importante jusqu’à ce que les crises agricoles de la fin du XIXe siècle et l’effondrement de la rente agricole dans la première moitié du XXe siècle aboutissent à son déclin. Dans les années 1960, des terrains sont vendus et les pièces d’habitation sont partagées ou données en location. Les vastes terrains agricoles d’autrefois sont donc parsemés de constructions individuelles. Mais l’exploitation viticole subsiste… pour combien de temps encore quand on sait que la France ne contient déjà plus que quelques centaines de milliers d’exploitations ?
Article écrit par Alain Rieu avec l’aide précieuse de Marie-Hélène Balazuc.

